Le Centre for Economic Policy Research (CEPR) a publié un rapport le 16, concluant que la forte hausse de la productivité du travail aux États-Unis depuis la fin 2022 ne provient pas d’une innovation technologique portée par l’IA, mais du fait que les entreprises intensifient l’utilisation du travail et des équipements existants — un phénomène que le think tank décrit comme un « squeezing ». La croissance moyenne de la productivité du travail est passée à 2,5 % de début 2023 jusqu’au premier trimestre de cette année, contre 1,5 % de taux annuel observé entre 2005 et 2019. Le CEPR attribue principalement cette accélération à des gains de productivité globale des facteurs (TFP) de 0,8 point de pourcentage et à des contributions de l’approfondissement du capital de 0,3 point de pourcentage, tandis que la composition du travail est restée quasiment inchangée. Le think tank européen affirme que l’incertitude entourant l’impact de long terme de l’IA a conduit les entreprises à éviter de grands recrutements ou investissements en capital ; elles extraient plutôt davantage de production à partir des ressources actuelles pour répondre à l’augmentation des commandes — une dynamique qui risque d’alimenter l’inflation plutôt que de permettre une croissance durable.
Le CEPR attribue la flambée de productivité à la TFP et à l’approfondissement du capital
L’analyse de décomposition du CEPR a examiné les contributions du travail, du capital et de la productivité globale des facteurs à l’accélération de la productivité observée de 2023 à la période projetée 2026. La TFP a apporté une hausse de 0,8 point de pourcentage par rapport à la base de référence d’avant la pandémie, tandis que l’approfondissement du capital a ajouté 0,3 point de pourcentage. La composition du travail a montré un changement négligeable sur cette période. Le rapport indique que la croissance de la productivité du travail a fait preuve d’une forte volatilité pendant les années de pandémie avant de s’installer sur une trajectoire accélérée à partir de 2022, en coïncidence avec le lancement de ChatGPT à la fin 2022.
Graphique illustrant les tendances de la croissance de la productivité du travail aux États-Unis de 2005 à la période projetée 2026
Des enquêtes d’entreprises montrent des gains de productivité liés à l’IA minimes
Le rapport du CEPR met en avant un décalage entre les attentes publiques quant aux bénéfices de l’IA générative en matière de productivité et l’expérience réelle des entreprises. Les réponses à une enquête provenant de nombreuses entreprises ont indiqué que les améliorations de productivité attribuables à l’adoption de l’IA restent limitées, sans tendance claire qui se dégage. Les entreprises indiquent que des transformations technologiques significatives exigent des périodes de mise en œuvre prolongées. Le think tank souligne que si l’hypothèse de gains de productivité portés par l’IA après la sortie de ChatGPT fin 2022 semblait logique, les données de l’entreprise ne corroborent pas ce récit.
Le CEPR met en garde contre les risques inflationnistes d’une intensification du travail
Le rapport distingue entre une véritable innovation technologique et le schéma de productivité actuel. Le CEPR indique que des gains d’efficacité réellement tirés par l’IA pourraient soutenir la croissance économique sans déclencher d’inflation, car l’amélioration de la technologie réduit les coûts de production par unité. À l’inverse, la méthode observée de « squeezing » — dans laquelle les entreprises augmentent la production en rehaussant l’intensité du travail et les taux d’utilisation des équipements sans accroître le stock total de travail ou de capital — crée une pression à la hausse sur les coûts du travail. Cette distorsion, où la production augmente tandis que les quantités de facteurs restent statiques, gonfle artificiellement les mesures de TFP. Le CEPR conclut que ce mécanisme présente un risque inflationniste important, car l’intensification de l’usage du travail finit par faire augmenter les coûts salariaux, que les entreprises répercutent ensuite sur les prix.
FAQ
Quelle conclusion le rapport du CEPR a-t-il tirée concernant la croissance de la productivité américaine depuis la fin 2022 ?
Le rapport du CEPR publié le 16 a conclu que l’accélération de la productivité du travail aux États-Unis, passée de 1,5 % par an (2005-2019) à 2,5 % (de début 2023 au T1 de cette année), résulte d’entreprises qui intensifient l’utilisation du travail et des équipements existants plutôt que de gains d’efficacité technologique portés par l’IA. Le think tank a constaté que la productivité globale des facteurs a contribué pour 0,8 point de pourcentage et l’approfondissement du capital pour 0,3 point de pourcentage à cette hausse, tandis que la composition du travail est restée inchangée.
Pourquoi les entreprises déclarent-elles des gains de productivité minimes liés à l’adoption de l’IA, selon le CEPR ?
Les données d’enquête du CEPR montrent que les entreprises enregistrent des améliorations de productivité minimes avec la mise en œuvre de l’IA, sans tendance claire qui se dégage. Les entreprises indiquent que des changements technologiques significatifs nécessitent des périodes prolongées pour se matérialiser. Le rapport attribue la réticence des entreprises à investir dans un déploiement d’IA à grande échelle à l’incertitude concernant l’impact à long terme de la technologie ; elles répondraient ainsi à la demande accrue en augmentant l’intensité du travail et de l’usage des équipements actuels.
Comment le CEPR différencie-t-il une innovation IA véritable des schémas de productivité actuels ?
Le CEPR distingue une innovation technologique authentique — qui améliore l’efficacité et soutient une croissance non inflationniste — de l’approche observée de « squeezing », où les entreprises extraient davantage de production à partir des ressources existantes sans accroître le travail ou le capital. Le rapport avertit que cette dernière méthode gonfle artificiellement les mesures de TFP et crée une pression inflationniste en faisant grimper les coûts du travail, tandis que de véritables gains d’efficacité portés par l’IA réduiraient les coûts de production par unité et permettraient une expansion économique durable.