La structure démographique de Taïwan connaît un tournant crucial : en moins de huit ans, le pays est passé dans une société ultra-âgée. La combinaison de la baisse de la natalité et du vieillissement de la population exerce une pression qui met à l’épreuve la gouvernance sociale et la résilience économique de Taïwan.
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Heure de Taipei, 9 janvier, le Ministère de l’Intérieur a publié les dernières statistiques démographiques annuelles. Les données montrent que la population de plus de 65 ans à Taïwan dépasse officiellement 20 %, marquant l’entrée dans une « société ultra-âgée ». En passant d’une société âgée (14 %) à une société ultra-âgée, Taïwan a mis seulement 7 ans et 9 mois, un rythme plus rapide que la plupart des pays développés, et presque deux fois plus rapide que le Japon à la même étape, ce qui signifie que le temps dont disposent le gouvernement, les entreprises et les familles pour s’adapter est considérablement réduit.
Selon les données démographiques du Ministère de l’Intérieur pour 2025, la population de plus de 65 ans à Taïwan atteint 4,673 millions, représentant plus d’un cinquième de la population totale. Parmi eux, le taux de personnes âgées à Taipei est de 24,18 %, faisant de cette ville la région la plus gravement vieillissante du pays.
Une grande partie des personnes âgées vivent dans de vieux immeubles dépourvus d’ascenseur ou d’installations accessibles, créant un phénomène de « double vieillissement » (résidents et logements). Cela affecte non seulement la qualité de vie, mais aussi la fluidité du marché immobilier, freinant la rénovation urbaine et l’élan économique global. La transformation rapide de la structure démographique devient un facteur à long terme aussi important que la géopolitique ou les risques liés à la chaîne d’approvisionnement.
Le vieillissement n’est qu’un résultat, la baisse du taux de natalité est un signal d’alarme plus profond. Les statistiques indiquent qu’en 2025, le nombre de nouveau-nés sera d’environ 107 000, en baisse de plus de 20 % par rapport à l’année précédente, enregistrant la plus forte chute en dix ans. Même lors de l’année du Dragon, traditionnellement considérée comme un pic de natalité, le nombre de naissances n’a pas rebondi, montrant que les facteurs culturels ne peuvent plus compenser la pression économique.
Sous la double pression de l’inflation élevée et des prix de l’immobilier en hausse, les salaires des jeunes stagnent, créant un « écart économique » difficile à supporter. Selon l’analyse de « Global Views Magazine », le taux de natalité à Taïwan est en dessous de 0,8 à long terme, se classant au niveau mondial le plus bas avec la Corée du Sud, et étant entré dans un cycle structurel de faible natalité difficile à inverser.
Les impacts du déséquilibre démographique se reflètent rapidement dans la fiscalité et le marché du travail. La Commission nationale du développement prévoit qu’en 2028, Taïwan épuisera officiellement son « dividende démographique », la proportion de la population en âge de travailler passant sous les deux tiers. Actuellement, environ 3,4 travailleurs soutiennent un senior, mais d’ici 2070, ce ratio pourrait atteindre 1:1.
Le système d’assurance maladie en fait les frais. Plus de 40 % des ressources médicales sont utilisées par la population de plus de 65 ans, et avec la diminution de la population cotisante, le gouvernement devra faire face à des choix difficiles entre augmenter la charge et ajuster les prestations. Par ailleurs, les entreprises subissent une pénurie de main-d’œuvre, accélérant l’automatisation et l’introduction de travailleurs étrangers, ce qui peut soulager temporairement la pénurie, mais impacte aussi la structure salariale locale et la stabilité de l’emploi.
Les statistiques montrent que la population de Taïwan diminue d’environ 277 personnes par jour. Bien que cela semble lent, cette tendance s’accumule sur le long terme, pouvant transformer la carte économique et sociale. Les industries craignent pour l’énergie et l’eau, mais le défi le plus urgent reste la main-d’œuvre elle-même.
Les experts estiment que dans un à deux ans, il sera crucial d’ajuster les politiques de santé, de retraite et d’immigration. La société ultra-âgée n’est plus une prévision, mais une réalité déjà en place. La manière dont Taïwan parviendra à réaliser une transformation structurelle dans un temps limité déterminera la compétitivité de la prochaine génération.