Jeremy Barnum, directeur financier de JPMorgan, a averti lors de la conférence téléphonique sur les résultats du Q4 que les stablecoins à taux d’intérêt pourraient créer un « système bancaire parallèle dépourvu de protections réglementaires de plusieurs siècles », qualifiant cela de « clairement dangereux et indésirable ». Ces propos interviennent alors que le cadre réglementaire des stablecoins aux États-Unis commence à se dessiner, mettant à nouveau en lumière le conflit d’intérêts entre le secteur bancaire et l’industrie de la cryptographie.
(Précédent : Le secteur bancaire américain s’unit pour résister à la « loi GENIUS », les stablecoins deviennent la cible des conservateurs)
(Contexte supplémentaire : Le Sénat américain a officiellement adopté la « loi GENIUS sur les stablecoins », la prochaine étape étant le passage en commission à la Chambre des représentants pour un vote final)
Table des matières
Jeremy Barnum, directeur financier de JPMorgan, a lancé un avertissement sévère lors de la conférence téléphonique sur les résultats du quatrième trimestre, concernant les stablecoins à taux d’intérêt (yield-bearing stablecoins), affirmant qu’ils pourraient engendrer un « système bancaire parallèle en dehors de toute régulation ».
Lorsque l’analyste d’Evercore Glenn Schorr a interrogé sur l’impact potentiel des stablecoins sur le secteur bancaire, Barnum a répondu franchement :
« Construire un système bancaire parallèle, qui possède toutes les caractéristiques d’une banque — y compris des dépôts qui ressemblent à des dépôts et qui versent des intérêts — mais sans les protections prudentes développées au fil de plusieurs siècles de régulation bancaire, est évidemment dangereux et indésirable. »
Ces propos reflètent la préoccupation profonde des géants de la finance traditionnelle face à la rapide croissance des stablecoins. Leur utilisation comme outils de paiement et de règlement est en plein essor, offrant des transactions plus rapides et à moindre coût que les banques traditionnelles.
L’avertissement de Barnum intervient alors que le cadre réglementaire des stablecoins aux États-Unis commence à se préciser. Le projet de loi GENIUS (Stablecoin Regulation Framework) en discussion, ainsi que l’amendement à la « loi sur la transparence du marché des actifs numériques », ont déjà instauré des restrictions sur le paiement d’intérêts par les stablecoins.
Selon ces propositions, les émetteurs de stablecoins se voient interdire de verser des intérêts « uniquement en raison de la détention de stablecoins » par les utilisateurs. Les incitations autorisées incluent : les récompenses pour la fourniture de liquidités, la participation à la gouvernance, les récompenses de staking, ainsi que les récompenses pour la fonctionnalité du réseau.
Il est important de noter que 52 institutions financières, dirigées par l’American Bankers Association (ABA), ont déjà exprimé publiquement leurs préoccupations concernant la « loi GENIUS », craignant que les stablecoins, dans un contexte de régulation inégale, ne siphonnent une part importante des dépôts, mettant en danger les activités principales des banques traditionnelles.
Dans un rapport précédent, les banques américaines ont prévu qu’avec le cadre réglementaire de la « loi GENIUS », l’offre de stablecoins pourrait augmenter de 25 à 75 milliards de dollars en un an. La Standard Chartered Bank estime quant à elle que la taille du marché des stablecoins pourrait atteindre 2 000 milliards de dollars d’ici la fin 2028.
Pour l’industrie de la cryptographie, ces avertissements des banques traditionnelles reflètent peut-être une posture défensive face à la concurrence innovante ; mais pour les régulateurs, la question de trouver un équilibre entre encourager l’innovation et maintenir la stabilité financière reste un défi à relever.