Après le DXY sous 100 : faiblesse du dollar, tendance confirmée ou simple correction ?

Marchés
Mis à jour: 16/06/2026 08:13

Le 16 juin 2026, l’indice du dollar américain (DXY) évoluait autour de 99,48, après avoir touché un plus bas de dix jours à 99,30 au cours de la séance. Après une brève poussée au-dessus de 100,31 la semaine précédente, le DXY a rapidement corrigé. En début de semaine, l’annonce d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran a stimulé l’appétit pour le risque, accentuant la pression baissière sur le dollar. La perte du seuil psychologique clé des 100 place désormais le marché à un carrefour : la faiblesse du dollar s’inscrit-elle dans la continuité d’une tendance structurelle, ou s’agit-il d’un prélude à un retournement après une correction profonde ?

La réponse à cette question déterminera non seulement l’orientation du marché des changes, mais aura également des répercussions majeures sur la logique de valorisation d’actifs tels que le Bitcoin et l’or.

Analyse technique : 99,50 comme ligne de démarcation entre haussiers et baissiers

D’un point de vue technique, l’indice du dollar américain évolue actuellement dans une fourchette étroite mais cruciale. La barrière psychologique des 100,00 et le sommet du 11 juin à 100,30 constituent une double résistance à la hausse, tandis que le seuil des 99,50 représente le support court terme le plus déterminant — un niveau qui tient depuis la mi-avril. Plus bas, la moyenne mobile exponentielle sur 200 périodes à 99,01 constitue un plancher structurel. Le pivot journalier se situe à 99,61, avec la principale zone de support-résistance comprise entre 99,059 et 100,223.

Le graphique en 4 heures délivre des signaux encore plus prudents : les bandes de Bollinger s’élargissent vers le bas, le prix restant proche de la bande inférieure. Le MACD a formé un croisement baissier sous la ligne zéro, avec des barres négatives en augmentation. L’indice de force relative (RSI) est passé sous 40, traduisant une nette perte de momentum haussier. Pris ensemble, ces indicateurs techniques suggèrent que la tendance de court terme du DXY est devenue baissière, même si aucun signe clair d’accélération n’est encore visible.

Certains analystes techniques considèrent toutefois que la phase de consolidation latérale observée depuis le début du mois reste constructive — à condition que l’indice tienne au-dessus de 99,50. Autrement dit, 99,50 fait office de « ligne de stress » pour le marché : si ce niveau tient, la structure haussière demeure ; s’il cède, une extension baissière vers 99,00 voire 98,75 pourrait s’amorcer.

Facteurs macroéconomiques : trois forces à l’origine de la faiblesse du dollar

La chute du DXY sous 100 ne relève pas d’un événement isolé : elle résulte de la convergence de plusieurs forces macroéconomiques.

La première force est la divergence des cycles de politique monétaire. La Réserve fédérale a abaissé ses taux à trois reprises en 2025. Malgré une volatilité récente des données d’inflation — l’indice CPI d’avril a progressé de 3,8 % sur un an, le core CPI de 2,8 % — la probabilité que la Fed maintienne ses taux inchangés lors de la réunion FOMC des 16 et 17 juin avoisine désormais 98 %. Parallèlement, la Banque du Japon a relevé ses taux à 0,75 % en décembre 2025, un plus haut depuis trente ans, et la Banque centrale européenne reste prudente sur les baisses de taux dans un contexte d’expansion budgétaire. Cette dynamique « Fed accommodante, autres banques centrales restrictives » réduit progressivement l’écart de rendement entre le dollar et les autres grandes devises.

La deuxième force est l’atténuation des risques géopolitiques. L’annonce d’un accord de paix États-Unis–Iran et la levée du blocus du détroit d’Ormuz ont nettement amélioré le climat de risque mondial. Le Brent a reculé de plus de 4 %, tandis que le WTI a chuté de près de 5 % pour passer sous les 81 dollars le baril. La baisse des prix de l’énergie réduit l’attrait du dollar comme valeur refuge — ce dernier ayant précédemment bénéficié de flux de couverture durant les tensions au Moyen-Orient.

La troisième force est la reconfiguration des anticipations de politique monétaire de la Fed. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient en février, la tarification des marchés de taux a radicalement changé : les opérateurs sur swaps estiment désormais à environ 75 % la probabilité d’une hausse de 25 points de base d’ici la fin de l’année, alors qu’avant le conflit, le consensus tablait sur plus de deux baisses en 2026. Ce basculement brutal des « anticipations de baisse » vers des « anticipations de hausse » alimente la volatilité des taux de change.

Première de Waller : le « moment boîte noire » du marché des changes

Si les trois forces précédentes constituent la « toile de fond » de la chute du DXY sous 100, la réunion FOMC de juin en est la « pièce maîtresse » qui déterminera la prochaine trajectoire du dollar.

L’équipe de stratégie de change de Morgan Stanley, dirigée par David Adams, identifie la réunion FOMC de juin comme « l’événement de risque le plus significatif et le moins valorisé » du marché des changes actuel. Selon leur rapport, la première réunion présidée par le nouveau président de la Fed, Kevin Waller, pourrait mettre fin à l’environnement de faible volatilité qui a prévalu cette année et remettre en cause l’usage généralisé des stratégies de carry trade.

Deux raisons principales justifient cette mise en garde. Premièrement, la volatilité implicite est à des niveaux historiquement bas. La volatilité implicite à un mois sur l’EUR/USD est tombée à son plus bas niveau depuis janvier, tandis que celle du yen est à un plancher inédit depuis 2022. Ce contexte favorise une concentration excessive sur les stratégies de carry trade et de valeur relative. Un regain soudain de volatilité pourrait entraîner des débouclements de positions massifs. Deuxièmement, le style de communication de Waller est jugé très imprévisible. L’analyse par Morgan Stanley de ses précédents procès-verbaux en tant que gouverneur de la Fed montre que Waller privilégie la réduction des indications prospectives, laissant le marché forger sa propre lecture de l’économie et de la trajectoire des taux. Les stratégistes d’UniCredit en Italie vont plus loin, estimant que sous Waller, la Fed sera « moins engagée et plus difficile à anticiper ».

Le marché des options de change intègre déjà cette incertitude. Les options à une semaine couvrent désormais la réunion de la Fed, avec un bond marqué de la volatilité implicite : l’EUR/USD à une semaine est passé de 5,5 à 7,0, le GBP/USD de 6,0 à 7,6, l’USD/JPY de 6,8 à 8,0, et l’AUD/USD de 8,25 à 10,0. Le marché « achète » ainsi une forme d’assurance contre la volatilité liée à la première de Waller.

Transmission aux actifs : deux versants de la faiblesse du dollar

La chute du DXY sous 100 n’a pas d’effet linéaire et univoque sur les différentes classes d’actifs ; elle présente au contraire une dualité manifeste.

Pour le Bitcoin, un dollar affaibli constitue généralement un moteur macroéconomique favorable. Les données historiques montrent que la corrélation glissante sur 30 jours entre le DXY et le BTC s’établit autour de -0,72 — une corrélation négative plus forte que celle entre le BTC et le S&P 500 (-0,38) ou l’or (-0,45). La faiblesse du dollar coïncide souvent avec un assouplissement des conditions financières mondiales et un regain d’appétit pour le risque. En tant qu’actif à bêta élevé, la crypto bénéficie habituellement de l’amélioration de la liquidité. Selon les données de marché Gate, au 15 juin, le BTC s’échangeait à 65 000 dollars, avec une progression notable sur 24 heures. Le retour de l’appétit pour le risque après l’accord États-Unis–Iran, conjugué à la faiblesse du dollar, a constitué le cadre macroéconomique du récent rebond du Bitcoin.

Pour l’or, un dollar plus faible constitue également un soutien, bien que le mécanisme de transmission soit plus complexe. L’or au comptant a évolué entre 4 370 et 4 550 dollars au début juin. Un dollar plus faible réduit le coût de l’or pour les investisseurs hors zone dollar et traduit des inquiétudes accrues sur la crédibilité des monnaies fiduciaires et la dynamique d’endettement souverain. Toutefois, l’or fait actuellement face à un vent contraire : les taux d’intérêt réels. Tant que la Fed maintient un taux restrictif de 3,50 % à 3,75 %, le coût d’opportunité de la détention d’un actif non productif de revenu reste élevé.

Les marchés émergents sont également de grands bénéficiaires d’un dollar faible, mais restent soumis à des pressions structurelles. Un dollar affaibli allège le poids de la dette libellée en dollars dans les économies émergentes, favorisant la stabilité financière et les flux de capitaux. Goldman Sachs souligne que la faiblesse du dollar sera un soutien clé pour les marchés émergents, les obligations EM figurant parmi les principaux bénéficiaires. Toutefois, le stock important de dette en dollars accumulé lors du rallye du billet vert en 2025 demeure un risque, et les récents rebonds du DXY ont provoqué des baisses journalières de plus de 6 % sur les ETF émergents. Cette vulnérabilité implique qu’en cas de retournement inattendu du dollar, les marchés émergents pourraient être les premiers à en ressentir les effets.

Analyse de scénarios : trois trajectoires et une variable centrale

Au vu de la configuration technique actuelle, du contexte macroéconomique et du risque événementiel, trois principaux scénarios se dessinent pour la prochaine évolution du DXY.

Scénario 1 : Waller délivre un message restrictif, déclenchant un rebond technique du dollar. Si Waller met l’accent sur les droits de douane, l’inflation sous-jacente et la résilience du marché du travail lors de la conférence de presse, laissant entendre que la Fed pourrait maintenir des taux élevés plus longtemps, voire envisager de nouvelles hausses, le dollar et les rendements obligataires pourraient se renforcer. Dans ce cas, le DXY pourrait effectuer un rebond correctif vers la zone de résistance 99,80–100,25. Il s’agirait toutefois davantage d’une correction technique que d’un retournement de tendance — la résistance annuelle à 102,2 constituant toujours une limite baissière de long terme.

Scénario 2 : Waller adopte un ton accommodant ou ambigu, maintenant la pression sur le dollar. Si Waller reconnaît l’impact de l’accord États-Unis–Iran sur l’atténuation du choc pétrolier et souligne que la baisse des prix de l’énergie contribue à réduire l’inflation, tout en évitant les signaux restrictifs, les marchés pourraient continuer à parier sur un regain d’appétit pour le risque. Le DXY pourrait alors casser le support des 99,50 et tester 99,00 voire 98,75. Plusieurs institutions anticipent une fluctuation du DXY entre 98 et 102 en 2026, le niveau actuel de 99,48 se situant dans la partie inférieure de cette fourchette.

Scénario 3 : la volatilité s’envole et le marché se reprice. Il s’agit du « risque extrême » identifié par Morgan Stanley. Indépendamment du ton adopté par Waller, si la manière dont il « ouvre la boîte noire » de la politique monétaire surprend le marché, une envolée brutale de la volatilité et un débouclement rapide des positions de carry trade pourraient survenir. Le DXY pourrait alors fluctuer violemment de 2 à 3 % à court terme, dépassant les anticipations actuelles du marché.

Ces trois scénarios dépendent tous d’une variable centrale : la déclaration de politique monétaire de Waller lors de la réunion FOMC de juin. Il s’agit du principal « inconnu connu » du marché des changes à ce stade.

Conclusion

La chute du DXY sous 100 résulte de la convergence de plusieurs forces macroéconomiques ainsi que de l’anticipation précoce par le marché d’un changement à venir dans le cadre de politique monétaire de la Fed. Sur le plan technique, la structure reste baissière sans pour autant signaler un retournement de tendance confirmé. Sur le plan macroéconomique, la réduction des écarts de taux et l’apaisement des risques géopolitiques exercent une double pression, tandis que le risque principal réside dans l’incertitude entourant la première intervention de Waller.

Pour les acteurs du marché crypto, la prochaine évolution du dollar façonnera directement l’environnement macroéconomique de valorisation des actifs risqués comme le Bitcoin. Si le dollar poursuit sa faiblesse, les crypto-actifs pourraient bénéficier à la fois d’une amélioration de la liquidité et d’un regain d’appétit pour le risque. Si l’orientation restrictive de Waller provoque un rebond du dollar, les actifs risqués pourraient faire face à des vents contraires à court terme. Dans tous les cas, la réunion FOMC de juin constituera le tournant décisif — et d’ici là, le seuil des 99,50 restera le baromètre immédiat du sentiment de marché.

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