Voici une vérité inconfortable : même si la Grande-Bretagne fait la transition vers le zéro net, certaines communautés perdront des emplois et feront face à des perturbations économiques. Et les endroits les plus exposés sont majoritairement les mêmes qui ont été les plus durement touchés par la vague de pertes d’emplois industriels dans les années 1980.
C’est le schéma frappant révélé par notre nouvelle recherche cartographiant la vulnérabilité dans toutes les 365 autorités locales de Grande-Bretagne. De nombreux lieux déjà en difficulté après des décennies de déclin industriel sont prêts à subir des chocs économiques disproportionnés à mesure que la décarbonisation redessine le paysage de l’emploi.
Notre étude montre clairement ce schéma : beaucoup des zones à haut risque se trouvent dans ce que l’on appelle souvent des « anciennes villes industrielles ». Elles incluent les arrondissements de Kirklees (avec la plus grande ville, Huddersfield) et Sandwell (West Bromwich), ainsi que Wakefield, Rotherham, Walsall, Barnsley et Doncaster.
Ces communautés étaient autrefois ancrées par des industries telles que l’acier, la chimie, la fabrication lourde et l’exploitation minière. À mesure que ces secteurs se sont contractés à partir des années 1980, ces lieux ont connu d’importantes pertes d’emplois et des cicatrices économiques à long terme.
Aujourd’hui, ces mêmes zones restent fortement dépendantes de secteurs manufacturiers qui subissent à nouveau des changements radicaux – cette fois, sous l’impulsion des politiques climatiques, de la mondialisation, des tarifs douaniers et des coûts énergétiques élevés. Dans ces endroits, la décarbonisation entre en collision avec des forces économiques existantes, augmentant le risque de pertes d’emplois supplémentaires et de déclin industriel.
Pourquoi les anciennes villes industrielles sont en première ligne
Pour cartographier cette exposition, nous avons créé un indice de vulnérabilité au zéro net, un outil conçu pour identifier quelles économies locales sont les plus exposées aux pertes d’emplois, à la restructuration et au changement industriel induits par la décarbonisation. Nous utilisons des mesures de complexité économique (la diversité et l’adaptabilité d’une économie locale), de relationnalité (la facilité avec laquelle les industries peuvent évoluer vers de nouvelles activités), de dépendance à des secteurs à risque, et de population en âge de travailler.
Une carte de l’indice de vulnérabilité au zéro net :
Un score plus élevé indique un risque accru (en vert clair ou jaune). Les données peuvent être classées par : LAD, districts d’autorité locale ; PCON, circonscriptions de Westminster ; LEP, partenariats locaux pour l’entreprise ; CA, autorités regroupées. (Source : Tom Cantellow, Ed Atkins, Sean Fox)
Ce que montre l’indice, ce n’est pas simplement que ces anciennes villes industrielles ont des emplois à forte intensité de carbone. Il révèle que beaucoup ont une faible complexité économique – c’est-à-dire que leurs économies locales reposent souvent sur un petit nombre de secteurs et que les compétences des travailleurs sont moins transférables vers de nouvelles industries.
Par exemple, dans le North Lincolnshire, 25 % de la population active travaille dans la fabrication, contre une moyenne nationale de 7 %, souvent dans la chimie, le ciment ou d’autres industries à forte émission. La dépendance à ces industries risque de piéger les résidents dans des emplois à forte empreinte carbone, tout en limitant la diversité des compétences nécessaires pour la transition vers des industries plus vertes.
Des lieux auxquels on ne s’attendrait pas
Les résultats mettent également en évidence des cas moins évidents. Des autorités rurales et côtières comme Shropshire, East Suffolk et Dorset se classent haut parce que leurs économies reposent sur des secteurs peu rémunérateurs et moins complexes – notamment l’hôtellerie, le commerce de détail et le travail saisonnier – qui offrent peu de résilience face aux chocs plus larges. Si les travailleurs doivent s’adapter rapidement à de nouveaux emplois verts, ces marchés du travail offrent moins de voies de transition.
Par ailleurs, des pôles majeurs traditionnellement considérés comme vulnérables – comme Aberdeen – ne figurent pas aussi haut que le suggère le débat public. Cela s’explique en partie par le fait que les risques liés au déclin du pétrole et du gaz sont répartis à travers les schémas de déplacement et les chaînes d’approvisionnement, et en partie parce que la région a déjà commencé à diversifier ses activités dans l’éolien offshore et les services énergétiques.
Les discussions sur les chocs économiques se concentrent souvent sur les pertes d’emplois principales. Notre indice, lui, examine la proportion de la population active dans chaque zone qui est exposée, mettant en lumière où la perturbation aura un impact plus important sur l’économie locale.
Cette distinction est importante car une zone peut avoir des industries très vulnérables tout en employant relativement peu de personnes. En analysant le risque industriel en parallèle avec l’exposition de la main-d’œuvre, nous identifions les lieux où l’ampleur du potentiel de perturbation – et non seulement son intensité – est la plus grande.
Le résultat est une liste de 32 autorités locales ayant le plus besoin de soutien pour naviguer dans la transition. La plupart se trouvent dans le Midlands et le nord de l’Angleterre, ainsi que plusieurs au Pays de Galles et en Écosse. Ce qui les unit, ce n’est pas leur niveau actuel d’émissions, mais leur fragilité économique de longue date.
Un terrain de jeu inégal
Le zéro net apportera d’immenses bénéfices économiques à beaucoup. Pourtant, notre travail met en lumière une tension cruciale au cœur de la transition vers le zéro net : ses impacts se déploient dans un paysage déjà façonné par 40 ans de croissance inégale. De nombreuses communautés identifiées comme vulnérables ont lutté pendant des décennies contre de faibles salaires, des opportunités en déclin et une fuite des jeunes talents.
Les politiques de zéro net ne sont pas à l’origine de ces défis, mais elles risquent de les amplifier si elles ignorent la géographie de la vulnérabilité. Cela explique en partie pourquoi la politique climatique est devenue un sujet politiquement sensible dans certaines régions.
Globalement, le public britannique soutient toujours l’objectif du zéro net, mais il y a souvent beaucoup moins de soutien pour les politiques nécessaires pour y parvenir. Pour exploiter cette tension, Reform a promis de supprimer les politiques de « zéro stupide » et a suggéré la relance des mines de charbon, tandis que les Conservateurs ont juré d’abandonner l’objectif de zéro émission d’ici 2050, affirmant que cela serait impossible « sans une baisse sérieuse de notre niveau de vie ou en nous ruinant ».
Au cœur du message anti-zéro net se trouve l’idée que les politiques « vertes » rendront les gens et les communautés plus pauvres. De telles affirmations résonnent particulièrement dans le contexte d’une crise du coût de la vie, de hausses des factures d’énergie et d’un sentiment accru de précarité économique pour beaucoup – notamment dans les régions déjà en difficulté.
Le soutien public continu au zéro net dépend de la reconnaissance des endroits où ses coûts pèseront le plus. Confronter ces risques est essentiel pour rendre la politique climatique plus durable.
Et après ?
La transition vers le zéro net peut créer de nouveaux emplois sûrs, bien rémunérés, et aider le Royaume-Uni à s’établir comme une « superpuissance de l’énergie propre ». Mais sans interventions ciblées, les bénéfices et les coûts seront toujours répartis de manière inégale.
Notre recherche met en évidence une opportunité claire : beaucoup des autorités locales les plus vulnérables se trouvent dans des régions du Royaume-Uni qui disposent de pouvoirs dévolus en matière de compétences, de transports et de stratégie économique locale. Les gouvernements décentralisés en Écosse et au Pays de Galles, ainsi que des organismes régionaux comme l’Autorité métropolitaine de Greater Manchester, peuvent jouer un rôle clé en finançant la reconversion, en améliorant les infrastructures et en créant de nouveaux types d’emplois pour ceux qui seront négativement affectés par le zéro net.
Notre indice de vulnérabilité au zéro net offre aux décideurs une carte des zones où le soutien est le plus urgent. Le défi maintenant est de l’utiliser – pour faire en sorte que la transition vers une économie verte devienne une histoire de renouveau national plutôt qu’un replay de déclin inégal.
Vous n’avez pas le temps de lire autant sur le changement climatique ?
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Zéro Net Transformera l'économie britannique Notre carte révèle les endroits les plus vulnérables
Voici une vérité inconfortable : même si la Grande-Bretagne fait la transition vers le zéro net, certaines communautés perdront des emplois et feront face à des perturbations économiques. Et les endroits les plus exposés sont majoritairement les mêmes qui ont été les plus durement touchés par la vague de pertes d’emplois industriels dans les années 1980.
C’est le schéma frappant révélé par notre nouvelle recherche cartographiant la vulnérabilité dans toutes les 365 autorités locales de Grande-Bretagne. De nombreux lieux déjà en difficulté après des décennies de déclin industriel sont prêts à subir des chocs économiques disproportionnés à mesure que la décarbonisation redessine le paysage de l’emploi.
Notre étude montre clairement ce schéma : beaucoup des zones à haut risque se trouvent dans ce que l’on appelle souvent des « anciennes villes industrielles ». Elles incluent les arrondissements de Kirklees (avec la plus grande ville, Huddersfield) et Sandwell (West Bromwich), ainsi que Wakefield, Rotherham, Walsall, Barnsley et Doncaster.
Ces communautés étaient autrefois ancrées par des industries telles que l’acier, la chimie, la fabrication lourde et l’exploitation minière. À mesure que ces secteurs se sont contractés à partir des années 1980, ces lieux ont connu d’importantes pertes d’emplois et des cicatrices économiques à long terme.
Aujourd’hui, ces mêmes zones restent fortement dépendantes de secteurs manufacturiers qui subissent à nouveau des changements radicaux – cette fois, sous l’impulsion des politiques climatiques, de la mondialisation, des tarifs douaniers et des coûts énergétiques élevés. Dans ces endroits, la décarbonisation entre en collision avec des forces économiques existantes, augmentant le risque de pertes d’emplois supplémentaires et de déclin industriel.
Pourquoi les anciennes villes industrielles sont en première ligne
Pour cartographier cette exposition, nous avons créé un indice de vulnérabilité au zéro net, un outil conçu pour identifier quelles économies locales sont les plus exposées aux pertes d’emplois, à la restructuration et au changement industriel induits par la décarbonisation. Nous utilisons des mesures de complexité économique (la diversité et l’adaptabilité d’une économie locale), de relationnalité (la facilité avec laquelle les industries peuvent évoluer vers de nouvelles activités), de dépendance à des secteurs à risque, et de population en âge de travailler.
Une carte de l’indice de vulnérabilité au zéro net :
Un score plus élevé indique un risque accru (en vert clair ou jaune). Les données peuvent être classées par : LAD, districts d’autorité locale ; PCON, circonscriptions de Westminster ; LEP, partenariats locaux pour l’entreprise ; CA, autorités regroupées. (Source : Tom Cantellow, Ed Atkins, Sean Fox)
Ce que montre l’indice, ce n’est pas simplement que ces anciennes villes industrielles ont des emplois à forte intensité de carbone. Il révèle que beaucoup ont une faible complexité économique – c’est-à-dire que leurs économies locales reposent souvent sur un petit nombre de secteurs et que les compétences des travailleurs sont moins transférables vers de nouvelles industries.
Par exemple, dans le North Lincolnshire, 25 % de la population active travaille dans la fabrication, contre une moyenne nationale de 7 %, souvent dans la chimie, le ciment ou d’autres industries à forte émission. La dépendance à ces industries risque de piéger les résidents dans des emplois à forte empreinte carbone, tout en limitant la diversité des compétences nécessaires pour la transition vers des industries plus vertes.
Des lieux auxquels on ne s’attendrait pas
Les résultats mettent également en évidence des cas moins évidents. Des autorités rurales et côtières comme Shropshire, East Suffolk et Dorset se classent haut parce que leurs économies reposent sur des secteurs peu rémunérateurs et moins complexes – notamment l’hôtellerie, le commerce de détail et le travail saisonnier – qui offrent peu de résilience face aux chocs plus larges. Si les travailleurs doivent s’adapter rapidement à de nouveaux emplois verts, ces marchés du travail offrent moins de voies de transition.
Par ailleurs, des pôles majeurs traditionnellement considérés comme vulnérables – comme Aberdeen – ne figurent pas aussi haut que le suggère le débat public. Cela s’explique en partie par le fait que les risques liés au déclin du pétrole et du gaz sont répartis à travers les schémas de déplacement et les chaînes d’approvisionnement, et en partie parce que la région a déjà commencé à diversifier ses activités dans l’éolien offshore et les services énergétiques.
Les discussions sur les chocs économiques se concentrent souvent sur les pertes d’emplois principales. Notre indice, lui, examine la proportion de la population active dans chaque zone qui est exposée, mettant en lumière où la perturbation aura un impact plus important sur l’économie locale.
Cette distinction est importante car une zone peut avoir des industries très vulnérables tout en employant relativement peu de personnes. En analysant le risque industriel en parallèle avec l’exposition de la main-d’œuvre, nous identifions les lieux où l’ampleur du potentiel de perturbation – et non seulement son intensité – est la plus grande.
Le résultat est une liste de 32 autorités locales ayant le plus besoin de soutien pour naviguer dans la transition. La plupart se trouvent dans le Midlands et le nord de l’Angleterre, ainsi que plusieurs au Pays de Galles et en Écosse. Ce qui les unit, ce n’est pas leur niveau actuel d’émissions, mais leur fragilité économique de longue date.
Un terrain de jeu inégal
Le zéro net apportera d’immenses bénéfices économiques à beaucoup. Pourtant, notre travail met en lumière une tension cruciale au cœur de la transition vers le zéro net : ses impacts se déploient dans un paysage déjà façonné par 40 ans de croissance inégale. De nombreuses communautés identifiées comme vulnérables ont lutté pendant des décennies contre de faibles salaires, des opportunités en déclin et une fuite des jeunes talents.
Les politiques de zéro net ne sont pas à l’origine de ces défis, mais elles risquent de les amplifier si elles ignorent la géographie de la vulnérabilité. Cela explique en partie pourquoi la politique climatique est devenue un sujet politiquement sensible dans certaines régions.
Globalement, le public britannique soutient toujours l’objectif du zéro net, mais il y a souvent beaucoup moins de soutien pour les politiques nécessaires pour y parvenir. Pour exploiter cette tension, Reform a promis de supprimer les politiques de « zéro stupide » et a suggéré la relance des mines de charbon, tandis que les Conservateurs ont juré d’abandonner l’objectif de zéro émission d’ici 2050, affirmant que cela serait impossible « sans une baisse sérieuse de notre niveau de vie ou en nous ruinant ».
Au cœur du message anti-zéro net se trouve l’idée que les politiques « vertes » rendront les gens et les communautés plus pauvres. De telles affirmations résonnent particulièrement dans le contexte d’une crise du coût de la vie, de hausses des factures d’énergie et d’un sentiment accru de précarité économique pour beaucoup – notamment dans les régions déjà en difficulté.
Le soutien public continu au zéro net dépend de la reconnaissance des endroits où ses coûts pèseront le plus. Confronter ces risques est essentiel pour rendre la politique climatique plus durable.
Et après ?
La transition vers le zéro net peut créer de nouveaux emplois sûrs, bien rémunérés, et aider le Royaume-Uni à s’établir comme une « superpuissance de l’énergie propre ». Mais sans interventions ciblées, les bénéfices et les coûts seront toujours répartis de manière inégale.
Notre recherche met en évidence une opportunité claire : beaucoup des autorités locales les plus vulnérables se trouvent dans des régions du Royaume-Uni qui disposent de pouvoirs dévolus en matière de compétences, de transports et de stratégie économique locale. Les gouvernements décentralisés en Écosse et au Pays de Galles, ainsi que des organismes régionaux comme l’Autorité métropolitaine de Greater Manchester, peuvent jouer un rôle clé en finançant la reconversion, en améliorant les infrastructures et en créant de nouveaux types d’emplois pour ceux qui seront négativement affectés par le zéro net.
Notre indice de vulnérabilité au zéro net offre aux décideurs une carte des zones où le soutien est le plus urgent. Le défi maintenant est de l’utiliser – pour faire en sorte que la transition vers une économie verte devienne une histoire de renouveau national plutôt qu’un replay de déclin inégal.
Vous n’avez pas le temps de lire autant sur le changement climatique ?
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