« La pire partie reste à venir » : la fluctuation des prix du pétrole, cette « bombe à retardement », n’a pas encore explosé complètement



Les prix du pétrole ont déjà augmenté, mais les effets les plus graves ne sont pas encore arrivés. Des études montrent que l’impact de la volatilité des prix du carburant sur le commerce mondial met jusqu’à 19 mois pour se manifester pleinement. L’organisation mondiale d’alerte commerciale a élaboré deux scénarios.
Les turbulences sur le marché de l’énergie provoquées par la situation au Moyen-Orient continuent d’avoir un impact durable sur les perspectives du commerce mondial. L’organisme indépendant « Global Trade Alert » a modélisé l’impact des chocs de prix historiques (y compris pendant la pandémie de COVID-19 et le krach des matières premières de 2008) et indique que si le conflit actuel perturbe durablement le marché pétrolier, la croissance du commerce mondial de marchandises ralentira nettement d’ici la fin 2026.

Selon ses calculs, dans un scénario de volatilité persistante, la croissance du commerce mondial sera inférieure de 1,75 point de pourcentage aux prévisions d’avant le conflit. Son fondateur, Simon Evenett, expert en commerce à l’Institut de gestion internationale de Lausanne (IMD), indique que les résultats du modèle suggèrent que la résilience du système commercial actuel pourrait être surévaluée.

Il explique : « Nous avons constaté que l’aggravation continue de la volatilité des prix du carburant pourrait ralentir la croissance du commerce mondial, et que ses effets mettraient jusqu’à 19 mois pour se faire pleinement sentir. La pire partie pourrait encore être à venir. »

L’étude souligne que ce n’est pas le niveau du prix du pétrole lui-même qui cause le plus de dégâts, mais sa volatilité. L’analyse montre qu’en cas de prix élevés mais relativement stables, les revenus des pays exportateurs de matières premières augmentent, ce qui peut en partie compenser les effets négatifs sur les économies exportatrices de produits manufacturés (comme le Japon ou la zone euro). Le rapport précise :

« Un monde où le prix du pétrole est élevé mais stable cause moins de dommages au commerce qu’un monde où le prix fluctue de manière imprévisible. Ce qui affaiblit le commerce des matières premières, ce n’est pas le niveau du prix, mais sa volatilité. »

Deux scénarios ont été modélisés :

Le premier prévoit une augmentation de 25 % de la volatilité des prix du carburant en 12 mois, correspondant approximativement à la situation du marché de l’énergie lors du début du conflit russo-ukrainien ;
Le second prévoit un doublement de cette volatilité, atteignant des niveaux extrêmes proches de la crise des matières premières de 2008.
Depuis le 28 février, date de l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, les prix du pétrole connaissent une forte volatilité. L’Iran a ensuite bloqué le détroit d’Ormuz, affectant environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole ; les États-Unis ont répliqué en bloquant le transport maritime dans les ports iraniens.

Les trajectoires de prix montrent une instabilité marquée : le Brent est passé d’environ 70 dollars le baril au début du conflit à près de 120 dollars, puis a reculé à 86 dollars suite à des avancées diplomatiques ; mais, face à l’impasse des négociations sur la réouverture du détroit la semaine dernière, le prix a de nouveau dépassé 126 dollars le baril.

Evenett indique que la volatilité du prix du pétrole a déjà augmenté d’environ 60 % par rapport à ses niveaux antérieurs, se situant entre les deux scénarios. Selon cette trajectoire, d’ici la fin 2027, la croissance du commerce mondial pourrait diminuer d’environ 1,1 point de pourcentage.

Divergences régionales et effets de transmission à long terme

Dans le scénario extrême (doublement de la volatilité), l’impact varie considérablement selon les régions. Le modèle montre que le commerce en Afrique et au Moyen-Orient pourrait chuter de plus de 8 points de pourcentage, tandis qu’aux États-Unis, la baisse serait proche de 1 point de pourcentage.

En revanche, l’Asie émergente et l’Amérique latine ne montreraient pas d’impact significatif global, mais la croissance du commerce au Japon, dans la zone euro, aux États-Unis, ainsi qu’en Afrique et au Moyen-Orient, serait affectée dans une moindre mesure.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) avait prévu en mars dernier que la croissance du commerce mondial de marchandises atteindrait 1,9 % en 2026 et 2,6 % en 2027 ; elle estimait aussi qu’un prix du pétrole durablement élevé pourrait réduire cette croissance de 0,5 point de pourcentage en 2026. Cependant, la dernière analyse indique que si la volatilité persiste, l’impact réel pourrait dépasser largement ces prévisions.

Du point de vue du mécanisme de transmission, l’impact ne se manifeste pas immédiatement. Evenett explique que la renégociation des contrats de transport maritime, la consommation stockée, et la confiance des consommateurs dans les marchés clés s’érodent progressivement, ce qui entraîne une libération progressive des effets sur plusieurs mois.

Par ailleurs, des signes préliminaires apparaissent déjà au niveau des chaînes d’approvisionnement. Selon Drewry, depuis le début du conflit, dans un contexte de demande faible, les tarifs de fret conteneurisé entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord sont restés stables par rapport à l’année précédente, sans hausse notable.

En résumé, dans un contexte de volatilité persistante des prix du pétrole, la croissance du commerce mondial pourrait subir une pression croissante, et le pic d’impact réel pourrait encore être à venir.
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